Positions et programme

Le coassement des grenouilles n'empêche pas l'éléphant de boire.

L'objectif de ce chapitre est de dresser l'inventaire de mes positions personnelles au plan philosophique et moral et de les relier à ce qui constituerait à mes yeux une plateforme programmatique souhaitable en matière politique. Il recense un certain nombre de réflexions plus subjectives que celles figurant au sommaire principal du site, et sont à ce titre potentiellement plus contestables. Je ne les considère pas comme très intéressantes dans l'ensemble, en tout cas plutôt moins que les développements argumentés accessibles ici et là dans l'ensemble du site. Je ne les publie ici ni pour convaincre, ni par provocation gratuite, ni pour engager la polémique, mais plutôt par honnêteté intellectuelle et souci de cohérence, et j'invite le lecteur à se placer également, autant que possible, sur le plan des idées et de la raison au moment d'en prendre connaissance.

Ce chapitre constitue aussi, sur un tout autre plan, un souvenir, un(e) mémoire ou une preuve qu'un tel développement, pour particulier qu'il soit, était au moins possible au moment où il a été écrit. En ce sens, il s'apparente aussi à un témoignage, et s'adresse autant ou davantage au lecteur d'un futur plus ou moins lointain qu'à celui, contemporain de passage, qui manquera d'autant moins d'être choqué par la radicalité apparente des idées émises qu'il est rarement conscient du conditionnement qu'il subit.

Pour résumer mes positionnements philosophique, religieux et politique actuels (définissant le fameux "point d'où on parle" cher aux relativistes), je me situerais précisément :

— Sur le plan philosophique et moral, comme un stoïcien, nettement plus préoccupé de Salut personnel et de compréhension intime de la vérité que de succès mondains ou temporels. Par exemple, je veux être capable, face à une question donnée (« lors d’un jet de dés, faut-il miser, à parité de gains, sur A=« 1 ou 2 », ou sur B=« 3, 4, 5 ou 6 » ?), de trouver et d'exprimer la bonne réponse de principe (B), quelle que soit par ailleurs l'opinion dominante sur le sujet, en utilisant la raison et le principe de la preuve (ici les lois de probabilités, fondées sur une arithmétique quasi-universelle), et en la justifiant par une démonstration efficace (p(A)==1/3; p(B)=2/3; p(B)>p(A)) permettant à la fois d'assurer la réponse et de la communiquer efficacement à des tiers afin d'être en mesure, le cas échéant, de justifier socialement mes choix et d'engager d'autres personnes à en venir à les partager (je ne suis pas un pédagogue hard, encore moins un prosélyte dogmatique, mais je crois que la vie en société suppose un minimum d'explications, le principe du Never Explain, Never Complain recommandable en de nombreuses circonstances connaissant certaines limites pratiques, quoique relevant en dernière instance d'une forme ultime d'arbitraire). Je veux également me donner les moyens de mettre en oeuvre, plutôt à petite échelle par principe de précaution, les choix appliqués découlant de cette compréhension ; peu importe alors que ces choix soient en harmonie avec la pensée dominante (je parie sur "B" alors que la majorité préfère "A" par bêtise ou conformisme), peu importe que les circonstances contingentes de la vie me donnent raison ou tort (je parie sur "B" et le "1" tombe), ce qui m’importe est que mes actions aient été justes d’un point de vue théorique, car alors, si la théorie des multivers est vérifiée, et selon mon interprétation de cette théorie, dans la plupart des autres branes jaillissant à chaque instant de l'univers des possibles, le principe d'identité qui me constitue poursuit une existence réussie, même si je n'y ai pas accès du point de vue particulier qui est le mien dans cette existence-ci. N’étant pas particulièrement porté sur la jouissance matérielle, mon plan d’analyse n’est pas tant celui de l’efficacité technique et du succès effectif de mes choix ici-bas (perspective Leibnizienne réaliste/utilitariste, cohérente avec l'idée selon laquelle le monde est unique et nécessaire, que la fin justifie les moyens), que je ne cherche à comprendre et optimiser que pour rester raisonnablement intégré à la vie sociale de mon époque, que celui de la logique et de la morale au plus haut niveau de généralité (perspective symbolique/idéaliste et même au fond héroïque, cohérente avec l'idée de hasard, de liberté, et d'un jugement des âmes hiérarchisant les différents mondes en fonction des trajectoires parcourues). Ce qui, dans une telle disposition d’esprit, m’empêche de verser dans un individualisme radical, est l’acceptation d’une sorte d'axiome d’égalité originelle entre moi et mes semblables, impliquant directement une éthique de réciprocité, acceptation conséquente du moment post-solipsiste ayant constitué le moment inaugural de mon entrée dans la vie réelle à l’adolescence (dépassement du point-là).

On pourrait théoriquement me demander ce qu’il adviendrait si je devais choisir entre intelligence et bonté (ou entre logos et pathos). Autant que possible, je récuserais un tel choix. De mon point de vue, l’intelligence (dans toutes ses dimensions) est une condition nécessaire et suffisante de la bonté, donc tout individu mauvais est fondamentalement sot, quelle que soit l’ingéniosité instrumentale dont il peut faire preuve dans la vie sociale et pratique. Par ailleurs tout individu sot et bon a de bonnes chances d’être bon pour de mauvaises raisons (conformisme social, faiblesse, désir narcissique de plaire), ce qui n’est pas nécessairement une raison pour le punir (la bétise n'est pas volontaire, même si la fainéantise intellectuelle, elle, peut l'être), mais par contre un bon motif pour considérer avec prudence son niveau de mérite. Je rejoins ainsi Socrate ("Nul n'est méchant volontairement") contre saint Augustin ("Nul n'est méchant que par le fait de sa volonté propre"), et je pense en conséquence qu'il est de la responsabilité des plus clairvoyants de mettre en place un système contraignant en partie à l'action vertueuse ceux qui le sont moins, dans l'intérêt de tous. Cette disposition, bien sûr, m'éloigne de l'idéal démocratique.

— Sur le plan métaphysique, comme un déiste athée (ou plus précisément, comme un déiste antithéiste), qui, quoique déterminant en grande partie sa vie par rapport à l'hypothèse d'une forme d'au-delà, ne cherche guère à définir Dieu (c'est-à-dire à le qualifier donc aussi le réduire) face à l'inanité de la tâche, relativement respectueux des positions agnostiques et panthéistes, un peu moins de celles du polythéisme, puis du théisme, et très hostile à tous les dogmatismes religieux, en particulier lorsqu’ils sont monothéistes et prosélytes (ce qui fait entre autres de moi, dans les circonstances actuelles, un adversaire résolu de l’islam politique, c’est-à-dire d'une certaine manière de l’islam en général, puisque l'islam -en tant que code de vie et liste détaillée de prescriptions terrestres- est la plus politique des religions universalistes, donc la plus totalitaire en puissance). S’il fallait faire une place dans la vie aux rites religieux (pas tant pour moi, je crois n'en éprouver nul besoin, mais comme concession à une sorte de besoin observé de manière récurrente dans la société des hommes, et relevant à ce titre d'un quasi-invariant anthropologique), il me semble que ceux-ci doivent être orientés vers la célébration de la création, de la vie, de la nature, de la beauté, du Mystère en tant que tel, en recourant à des formes aussi traditionnelles que possible par respect des ancêtres, mais aussi inspirées par la recherche de la plus grande harmonie sensorielle possible. Une telle combinaison est malheureusement devenue contradictoire dans un Occident dominé depuis près de deux millénaires par la tradition chrétienne, ce qui rend le respect de la tradition incompatible avec le rejet du dogmatisme, au contraire de ce qu’on aurait pu imaginer avec un paganisme archaïque syncrétique (gaulois, celte, scandinave), voire avec un polythéisme évolutif et imagé (romain, grec) désormais disparus. A choisir entre les deux, je préconise sans hésitation de renier la tradition pour conserver la liberté d’un rejet intégral du dogmatisme, qui me paraît d'un degré d'importance morale nettement supérieur.

— Sur le plan anthropologique, comme un ethno-différentialiste conscient du paradoxe universaliste issu de la civilisation Européenne dont je suis un produit (ce que je nomme le "paradoxe universaliste", c'est que la culture spécifique de l'Europe se construit en bonne partie sur la notion générale d'universalité, ce qui contredit le fait qu'elle puisse être considérée comme une culture particulière au même titre que n'importe quelle autre). Si je préfère par principe la diversité à l'homogénéité, j'observe aussi l'impossibilité pour les cultures anciennes de subsister, autrement que muséifiées, dans un monde moderne globalisé et technique largement inventé et inspiré par un Occident lui-même engagé sur la voie d'un consumérisme englobant et destructeur, notamment concernant les domaines du divertissement et de l'information. Mon expérience des voyages, en particulier, m'a convaincu qu'il n'y a rien à espérer pour l'avenir des pratiques culturelles périphériques, sauf à ce que le système tout entier trouve un intérêt à une forme de rétrogradation de l'humanité vers un statut proche de celui de l'animal domestique, voire du bétail. Les langues, styles artistiques et systèmes de croyance plus ou moins exotiques pourront sans doute persister un certain temps, en partie au titre du folklore et du tourisme, mais les systèmes de valeurs de fond devraient converger tendanciellement, tant et si bien qu'à long terme, ce sont plutôt les critères biologiques qui pourraient (re)devenir les principales sources de variété humaine.

— Sur le plan politique, comme un identitaire européen modéré (sur la ligne archéofuturiste de Guillaume Faye), favorable à la libre entreprise et la division du travail, plaçant les questions économiques au second plan derrière les questions biologiques, éducatives, culturelles et sociales (c'est-à-dire au fond ethno-anthropologiques ou civilisationnelles), rejetant franchement le cosmopolitisme et le gauchisme culturel dominants, et m’opposant secondairement à toute forme d’impérialisme, en particulier ceux de la francophonie, de l'American way of life, ou de l'Islam. Je donne à la notion de modération un sens particulier, très différent de son acception usuelle contemporaine, qui semble faire commencer l’espace de l’ « extrême », à droite, à partir de la droite de l’actuel parti Les Républicains. De mon point de vue, la modération se situe plutôt [en France en 2024] entre Debout la France et Reconquête (dont j'ai été adhérent dès sa création). Je classe par exemple Jean-Marie le Pen dans cette catégorie, et Marine Le Pen à gauche de cette catégorie (dans celle de ceux qui se sont largement soumis à la doxa dite "républicaine", au moins en apparence). Je partage la critique que fait De Villiers de l’islam sans pour autant considérer qu’il faille retourner au catholicisme pour sauver la France ou l’Europe d’Eurabia. Je partage avec Asselineau le rejet de la technocratie Bruxelloise sans pour autant renoncer au projet d’une Europe civilisationnelle ou sombrer dans un souverainisme étroit. Je partage avec Conversano/Les Braves le projet d'une défense de l'identité ethno-culturelle Européenne, sans pour autant laisser ma colère contre les gauchistes me faire perdre le sens de la modération. Je rejoins la ligne identitaire de Feltin-Tracol en imaginant l’identité comme une série d’emboîtements organiques (famille, village, région, nation, civilisation), en admettant éventuellement la prééminence politique de l'échelon national (dont la pertinence est historiquement attestée, au moins depuis de début de l'époque moderne, par le succès des Etats westphaliens) mais sans l'opposer aux autres, en rejetant toute forme d'universalisme abstrait (ou plus exactement en acceptant seulement celui-ci -dans la ligne de Kant- comme le dernier étage identitaire de l’homme avant le saut singulariste : je proposerais pour ma part: famille, village, région, nation, civilisation, humanité, intelligence), en incluant la dimension culturelle à tous les niveaux, et la dimension biologique seulement au niveau civilisationnel, et en croisant l'ensemble avec l'émergence de communautés virtuelles qui transcendent évidemment la dimension géographique. Ma ligne serait en fait assez proche de celle de « Terre et Peuple », mais avec moins d’hostilité envers les autres courants souverainistes, conservateurs ou identitaires (par principe de modération et d'alliance contre le gauchisme culturel); proche également de celle de la radio Méridien Zéro, inspirée par la Révolution conservatrice Allemande, quoique moins passéiste. J’ajoute que ce positionnement (faussement perçu comme d’extrême-droite vu d’un extérieur largement dominé par l’idéologie cosmopolite) pourrait instantanément donner le sentiment de s’inverser en cas de singularité technologique, puisqu’alors, et dans l'hypothèse où l'IA dominante nous en laisserait le choix, je ne serais nullement hostile à une délégation du pouvoir des hommes à cette IA, ce qui semble contredire toute forme d'attachement à la tradition culturelle humaniste et conquérante de l'Europe. Le paradoxe n’est cependant qu’apparent dans le sens où la véritable position que je défendrais, en cette hypothèse, est celle d’un libre choix de chaque individu entre les deux mondes (à la manière de celui de Demain les chiens) : celui de la tradition, pour lequel il s’agirait de plaider respectueusement et modestement auprès du Successeur pour l’allocation des ressources nécessaires à la survie (mais non nécessairement à un confort bourgeois éloignant des valeurs héroïques) de groupes humains à définir ; ou celui de la mutation, rendu possible par des changements techniques exponentiels échappant à tout contrôle et peut-être à tout entendement humains (le cas intermédiaire d'une sorte de fusion, imaginé par les extropiens, restant une hypothèse estimable à laquelle je répugne cependant à me rendre). Il me semble qu’alors, à titre personnel, je choisirais le monde de la tradition, pour y terminer ma vie carbonée paisiblement en acceptant ma finitude dans un environnement inspiré par l'humanisme classique, tout en espérant que dans celui de la mutation, du fait de son extrême sophistication, il restera une place voire un rôle pour la conservation de mon histoire, celle de ma configuration mentale et de ses composantes. Je n’ai pourtant guère envie de poursuivre exagérément mon parcours dans cette brane, la situation aurait peut-être été différente si j’avais eu la vie de famille dont je rêvais vaguement enfant, celle d’un patriarche dans un monde dont je comprenne le sens ; une telle vie ne m’a pas été donnée.

De là découlent un certain positions plus personnelles sur des sujets d’opinion. La meilleure façon d'en prendre connaissance est de se référer aux textes et vidéos des auteurs que je considère comme mes références. C'est plus rapide, ils s'expriment en général mieux que moi et en vertu du principe de parcimonie il n'y a aucune raison que je m'évertue à répéter, en moins bien, ce qu'ils ont déjà parfaitement dit ou écrit. Je vais toutefois préciser ici certains points à des fins de clarification éventuelle. Je rappelle que je m’exprime ici en toute franchise, sans aucune censure du politiquement correct ni volonté de convaincre, simplement pour permettre de définir synthétiquement de l'extérieur le point de vue à partir duquel je réfléchis. Je souligne aussi qu'aussi inconvenantes que puissent sembler certaines des remarques qui suivent, surtout d'un point de vue de gauche, toutes procèdent à mes yeux d'une origine profondément morale. Je me considère d'ailleurs avant tout, à tort ou à raison, comme un moraliste -bon ou mauvais, original ou non, ce peut être à chacun d'en juger- mais en tout état de cause au moins d'un aspirant moraliste, même maladroit, ayant mis la plus grande partie de son énergie au service de la recherche d'une conciliation entre la vérité et le bien commun.

Economie

la problématique majeure de l’économie me semble relever du degré de solidarité centralisée obligatoire et d’intervention des pouvoirs publics dans la société, classiquement mesuré par le niveau des contraintes juridiques et des prélèvements obligatoires. De mon point de vue, il faudrait à ce propos principalement : 1) rendre le périmètre des solidarités plus variable, donc en particulier, sans cesser le libre-échange international lorsque toutes les parties y trouvent leur compte, ni a fortiori la coopération internationale ponctuelle, notamment dans le domaine du partage de la connaissance, appliquer aussi en de nombreux cas la préférence nationale voire régionale ou identitaire. Concernant la sécurité sociale, offrir un choix de caisses de cotisation plus ou moins concurrentes d'échelles variables, allant jusqu'à l'assurance communautaire de petite envergure; anticipant la fin du travail dans les zones les plus économiquement développées, instaurer progressivement au sein de ces zones un revenu minimum sous forme d’avantages en nature (logement minimal, soins minimaux, tickets repas) permettant de vivre pauvrement mais non misérablement, sans aucune activité de loisir payante, et laisser fonctionner, au-delà, les règles du marché et de la solidarité privée; 2) recentrer les pouvoirs publics sur leurs fonctions régaliennes (incluant cependant certaines activités économiques considérées comme stratégiques ou relevant de monopoles naturels), et les dégager entièrement des fonctions de communication et de culture, celles-ci devant simplement émaner des pratiques et activités de la population elle-même. Le taux de prélèvements obligatoires idéal me semble se situer autour de 30%, avec environ deux tiers de ce total consacrés aux services régaliens et un tiers aux assurances sociales au choix des individus, ce qui me classe parmi les libéraux ou plus probablement les minarchistes (sur la ligne claire de Frédéric Bastiat); 3) maintenir des règles (fiscales et juridiques, notamment du point de vue de la protection intellectuelle) permettant une concurrence saine entre entreprises privées, conformément aux règles du libre-échange, pour limiter l’apparition de situations de quasi-monopoles privés de fait ou de privilèges. Un certain nombre de créations intellectuelles, relevant principalement du domaine des idées, ne devraient pouvoir faire l'object d'une protection juridique en limitant la libre exploitation commerciale que pendant un délai relativement bref. Je suis favorable à l'encouragement d'une pratique du copyleft en lieu et place de celle du copyright.

Droit/Justice

je suis favorable à une liberté d'expression totale, donc à l'abolition de toute notion de délit d'opinion, de blasphème ou même d'injure publique (ainsi, a fortiori, que de supposés "discours de haine", à l'exception des menaces précises). La politesse, le respect et la décence dans l'expression doivent rester du domaine de la convention sociale et non du Droit; et la recherche de la vérité le fruit de la science, de l'exercice individuel de la raison critique, du libre échange/débat, et du respect intellectuel résultant de la confrontation des idées avec des tiers et de l'excellence attestée des élites. En revanche, concernant le domaine des actes délictueux et criminels, et ceci relativement indépendamment des intentions alléguées (toujours susceptibles d'interprétations douteuses, et incitant à la dérive émotionnelle et victimaire), je suis favorable à une politique carcérale très dure : peines de prison effectives et sans confort ; travaux forcés des prisonniers pour construire d’autres prisons, dans certains cas en contrepartie de réductions de peines précises. Je suis favorable à la peine de mort dans un nombre assez élevé de situations, notamment de récidive. Je sais qu’il faut accepter le principe regrettable d’un certain nombre d’erreurs judiciaires au nom du principe supérieur d’une justice forte et crédible, et je l’accepte effectivement, y compris bien sûr, sinon cela n'aurait pas de sens, s'il venait à s'appliquer contre moi ou mes proches. Je suis hostile à toute politique de discrimination positive et de quotas, à mon avis contre-productive car condamnant les minorités visibles, suprême humiliation, à la poursuite d'une forme de complaisance soumise vis-à-vis des autorités, et à la suspicion d’un succès illégitime de la part de tous sauf des plus sots conformistes. Mon idéal est précisément celui de l’attribution à tous les membres d’une communauté politique d’une relative égalité de moyens, et de l’acceptation effective d’une différence de résultats entre eux, en faisant tout pour que ces différences soient reliées au mérite et au talent plutôt qu'au hasard, au conformisme, au népotisme, ou aux privilèges de départ. Plus généralement, je ne considère pas la non-rétroactivité du Droit comme une impossibilité de principe : le Droit étant une construction humaine, il me semble légitime de pouvoir examiner, au cas par cas et avec toutes les garanties nécessaires, les situations dans lesquelles une rétroactivité pourrait être techniquement et moralement justifiée.

Moeurs

je suis favorable au droit à la liberté d’avortement jusqu'à environ la moitié de la grossesse (je ne sacralise pas le foetus); assez favorable à la dissociation entre activité sexuelle et reproduction (donc par exemple favorable à une libéralisation de la prostitution ou de la pornographie, sous condition de la protection de l'enfance et d'un renforcement des sanctions contre les actes violents) ; plutôt favorable au mariage et à l’adoption homosexuels, mais aussi aux unions polygames, qui me semblent plus naturelles (quoique hostile à leur revendication communautaire ou à leur promotion médiatique) ; dans l'ensemble, je pense qu’il faudrait réformer le droit de la succession/réversion en permettant à chacun de rendre n’importe qui bénéficiaire de son héritage dans les mêmes conditions de taxation (très faibles, et peut-être même nulles selon le principe libertarien du respect scrupuleux du droit de propriété), et qu’il faudrait éviter de systématiquement imaginer la base du foyer comme constitué d’un couple (qu'il soit hétéro ou homosexuel) : les parents isolés comme les communautés me semblent dans certains cas pouvoir remplir un rôle d’éducateur acceptable. Je suis en revanche opposé au droit au divorce non consensuel tant qu’il existe au sein du foyer concerné des enfants communs mineurs, sauf dans le cas de risques avérés de dégradation des conditions de vie de ceux-ci (en somme, on peut faire naître et éduquer des enfants dans de nombreuses configurations de départ, mais il faut éviter de changer ces configurations durant les 15/20 années suivantes, en particulier pour des motifs non consensuels relevant du sentimentalisme ou du développement personnel). Je suis également favorable au clonage lorsque celui-ci sera possible, sous réserve, comme pour l’ensemble de la natalité, d’un strict encadrement par une politique de planning familial visant à responsabiliser les parents et à décourager vigoureusement la natalité involontaire, parasitaire ou de loisir. Quelle que soit la forme matrimoniale retenue, les géniteurs doivent s’engager à sacrifier une partie substantielle de leur confort, voire de leur vie, à leur droit à produire une descendance ; il ne doit exister aucun droit à l’enfant sans contrepartie ou ignorant l'immense responsabilité engagée à cette occasion (au plan individuel et au plan collectif), et en particulier aucun droit reposant sur des considérations affectives/passionnelles ("j’ai tellement envie d’un enfant, c’est trop mignon…" ou "puisque nous nous aimons, faisons un enfant qui sera la preuve de notre amour"...) ou utilitaires ("cet enfant nous donnera droit à des allocations quand il sera jeune et paiera nos retraites quand nous serons vieux, c'est une bonne affaire"); il n'est pas non plus souhaitable de laisser advenir des naissances comme conséquences aléatoires de la sexualité récréative: les personnes dans l'incapacité de concevoir/comprendre la responsabilité liée à l'acte reproductif doivent être découragées ou empêchées de procréer, dans les limites de la difficulté à évaluer cette incapacité, dans la limite aussi d'une sorte de liberté irréductible et d'alea qui constituent le sel de la vie. Je suis par ailleurs très favorable à l'euthanasie: à mes yeux, la vie ne vaut d'être vécue qu'en tant qu'espace de projet et de possibilité d'action. Une fois ces options éteintes, je ne vois aucune objection, au contraire, à admettre le principe de la mort volontaire, administrée de la manière la plus intelligente et la plus douce possible. Une belle vie, une vie pleine de sens, mérite une conclusion à la hauteur des sommets qu'elle a pu atteindre, non une longue agonie ou un terrible ennui ne menant plus à rien. Une juste euthanasie réalisée, c'est aussi, quelque part dans le monde, une place libérée pour une autre vie ayant plus de sens.

Religion

partisan d’une totale liberté d’expression, je ne suis évidemment pas favorable à une interdiction de prophétie, de prédication ou a fortiori de prière ou de croyance (qui n’aurait de toute manière pas de sens), tant que celles-ci n'ont aucune incidence sur la vie publique. Sans y être positivement favorable, je pense qu’il faut laisser les gens, en particulier les plus sots ou les plus paresseux, croire à des fantaisies irréfutables, comme par exemple la théière de Russell. En revanche, la liberté de critiquer toutes les religions doit, elle aussi, être totale, et aucun argument relevant des notions de blasphème ou de respect ne saurait être invoqué pour limiter cette critique. Aucun respect n’est dû par principe à aucune idée, aucun symbole, aucune tradition ou aucun texte au motif qu'ils seraient sacrés (même si bien sûr la politesse et le respect des normes sociales sont, eux, recommandables). Même la logique et la science, ni plus que ce texte lui-même, n’ont pas à être respectées par principe : si elles doivent s’imposer, c’est par leur force propre, et non en vertu d’une autorité extérieure.

Education

il me semble que l’école devrait à la fois être rendue plus libre de ses méthodes et nettement plus exigeante dans ses objectifs. Je recommande le recours intensif à la lecture et aux cours en ligne, dans lesquels il faudrait massivement investir l’argent qu’on retirerait au surencadrement des élèves turbulents, qu’on isolerait progressivement dans une série d’établissements spécialisés de plus en plus sévères pour des périodes limitées, dont il serait possible de ressortir en contrepartie d'efforts raisonnables mais attestés (en somme, c'est simple: il faut faire de l'anti-Foucault, revenir à la juste sévérité classique). Il faudrait insister sur l'excellence de la maîtrise de la langue natale, à l'oral comme à l'écrit, la maîtrise fonctionnelle d’au moins une langue étrangère majeure, une solide base de mathématiques et de statistiques, l’introduction à la démarche critique et scientifique, la présentation de quelques concepts de sciences de l'homme (philosophie, anthropologie, politique, psychologie cognitive), une base commune de culture générale, un peu d'éducation physique, et laisser en option les connaissances appliquées détaillées en géographie, histoire, littérature, biologie, sciences humaines, musique, dessin, etc. Dans ces conditions, on pourrait envisager de terminer vers 16/18 ans les études secondaires (avec un niveau correspondant en moyenne à celui d’une licence actuelle) tout en réservant la moitié du temps de vie entre 6 et 20 ans à des activités contingentes (sports, musique) ayant vocation à donner le goût de la compétition et de l’excellence.

Technologie

il me semble fondé d’investir massivement dans la recherche sur l’intelligence artificielle et les supports d’information d’abord, puis l’énergie (probablement principalement solaire et nucléaire), la construction de biosphères artificielles autonomes, et l’exploration spatiale. On pourrait financer une partie de cet investissement par un redéploiement substantiel de la dépense publique, en réduisant certaines politiques et prestations que je considère comme peu prioritaires afin de concentrer davantage les ressources collectives sur la recherche, l’énergie et les infrastructures de long terme. Cette option archéo-futuriste, d'essence typiquement européenne, doit être couplée d'une part à un sens des responsabilités écologique et à la prévention de tout néo-colonialisme (il convient de trouver le point d'équilibre entre ethno-différentialisme, commerce et assistance raisonnée pour éviter le double écueil de l'affrontement tribal et de l'ethnomasochisme complexé), d'autre part à une réflexion futurologique sur l'organisation à viser en cas d'avènement de la Singularité Technologique.

Politique familiale

Je ne suis pas hostile à des politiques eugénistes d’intensité moyenne, dont je crois qu’il faudrait décider collectivement, que ce soit démocratiquement ou technocratiquement, des modalités particulières. Le terme même d’eugénisme ne me paraît pas devoir être récusé par principe : ces politiques devraient être appréciées d’un point de vue conséquentialiste, en fonction de leurs effets réels sur les individus, sur les générations futures et sur le bien commun. Je ne souhaite pas que cette évaluation soit dictée par ce que Philippe Muray dénonçait comme « l’Empire du Bien », ni par une moraline de gauche tenant certaines questions pour réglées avant même l’examen de leurs conséquences. Une politique de ce type ne serait à mes yeux défendable que si elle visait réellement le bénéfice collectif, faisait l’objet d’une délibération explicite et s’accompagnait de garanties fortes contre l’arbitraire. D’une manière plus originale, je suis favorable à la conservation de l’ADN, et plus encore des histoires de vie, de tous (soit à peu près le projet de LifeNaut), dans l’attente d’un moment peut-être pas si lointain où toute cette information (biologique ou non) pourra être ré-exprimée, développée et en partie combinée à d’autres dans un espace aux ressources suffisantes. Une telle conservation permet de garantir à chacun une forme d’immortalité, une quasi-filiation, bien moins menaçante pour la survie de l’espèce qu’une croissance démographique immédiate et incontrôlée (par sa nature potentiellement exponentielle) et reposant sur des choix individuels plus souvent dictés par des stratégies de reproduction inconscientes d'autant plus avantageuses au plan individuel qu'elles sont désavantageuses au niveau du groupe.

Démographie, immigration

ethno-différentialiste inspiré par Lévi-Strauss et défenseur de la culture européenne sur la ligne de l'Institut Iliade, notamment en matière de science et de littérature, je considère, pour reprendre les termes de Jean-Yves Le Gallou, que l’immigration de ces quarante dernières années en Europe a toutes les caractéristiques d’une catastrophe, et j’en tiens pour collectivement responsables, avant les immigrés eux-mêmes, les membres de l'hyperclasse mondiale, les hommes politiques (principalement ceux de gauche), la plupart des célébrités et hommes de médias ayant, au moins implicitement, soutenu le phénomène et les juges/avocats impliqués dans le domaine, depuis les années 1970. Dans ces conditions, que faire?

a) Libérer la parole, abolir toute censure de la critique du phénomène, y compris sur les réseaux sociaux, dans ses dimensions culturelles et religieuses ; autoriser les études et opinions contradictoires sur les différences de capacités et de réalisations historiques entre cultures et populations, en y intégrant les éléments relatifs au colonialisme, à l’esclavage et aux génocides historiques ; autoriser l’expression publique et le débat ouvert sur ces questions, ce qui passe notamment, à mes yeux, par la suppression en France des lois Gayssot et Pleven et, internationalement, par le développement de réseaux sociaux concurrents de ceux des GAFA actuels, trop souvent soumis au politiquement correct.

b) La responsabilité des grandes orientations migratoires incombe d’abord aux responsables politiques qui les ont décidées ou maintenues. Cette responsabilité doit pouvoir être historiquement documentée et politiquement jugée.

c) Réformer le droit du sol pour donner une place prépondérante au droit de la filiation dans l’acquisition de la nationalité : tant que ce sont les géniteurs, et non les États, qui décident de mettre les enfants au monde, il leur revient également d’assumer la responsabilité essentielle de ce projet. La nationalité ne me paraît pas devoir découler automatiquement du seul lieu de naissance ; elle devrait davantage exprimer une continuité familiale, historique et politique, tout en laissant place à des procédures explicites de naturalisation.

d) Utiliser les instruments possibles, notamment financiers, d’une remigration consentie, avec un niveau d’incitation variable en fonction de la situation administrative, de l’ancienneté de résidence et du niveau de développement du pays d’origine. User pour cela, au plan individuel, d’incitations financières, et au plan collectif de l’assujettissement des politiques de coopération et de commerce internationaux à un partenariat équilibré concernant la délivrance des visas, titres de séjour et naturalisations.

e) Une fois cet ensemble de mesures restrictives affirmées et mises en place clairement, et les flux migratoires durablement maîtrisés, il serait possible de réenclencher une certaine politique d’immigration et de naturalisation légales, très scrupuleusement soumise à un double contrôle démocratique et technocratique cette fois, de façon à régler les plus délicats problèmes de déchirement familial, et de reprendre une place raisonnable assortie d’un certain rayonnement dans un monde connecté et coopératif, le cas des permis de résidence et de travail étant de surcroît traités sur un tout autre plan que celui du droit de la nationalité.

f) À long terme, dans l’hypothèse où les flux migratoires auraient retrouvé un caractère maîtrisé et où les différentes régions du monde pourraient préserver une continuité historique suffisante, la proposition cosmopolite pourrait à nouveau être considérée comme une option politique envisageable, à condition qu’elle soit réellement choisie et non imposée par l’hégémonie culturelle ou la mise devant le fait accompli. Tant que l’humanité n’a pas trouvé de nouvelles ressources d’un ordre de grandeur radicalement supérieur, colonisé une partie de l’espace ou changé de statut du fait de formes d’intelligence nouvelles, il me paraît souhaitable de tendre à long terme vers une décroissance puis une stabilisation de la population mondiale, compatibles avec les ressources disponibles, tout en cherchant à préserver une véritable diversité des populations et des cultures. Les modalités précises d’un tel équilibre devraient rester ouvertes, notamment en fonction des évolutions techniques à venir.

Sur ces questions, ma position ne consiste pas à faire de l’origine d’un individu un critère de valeur personnelle. Dans les relations concrètes, les qualités propres, la personnalité et la compatibilité individuelle priment à mes yeux sur l’appartenance collective. Je distingue en revanche ce jugement individuel de la possibilité, pour une collectivité politique, de décider d’une politique migratoire générale et de chercher à préserver certaines continuités culturelles, historiques ou démographiques.

Sur ce sujet délicat, on peut invoquer le principe du voile d'ignorance de Rawls. Il faut imaginer une situation dans laquelle une population donnée (mettons des Vénusiens) voit arriver sur son sol une population étrangère (mettons des Joviens) attirée par des ressources qu'ils n'ont nullement contribué à développer, mais dont ils risquent de priver en partie les Vénusiens ; par ailleurs, leur arrivée risque aussi de modifier substantiellement la culture et les habitudes locales. Admet-on dans ce cas le droit des Vénusiens à s'opposer à cette immigration ? Si la réponse est « oui », alors chacun, y compris ceux qui risquent de souffrir de la conclusion, devrait accepter le principe d'un contrôle collectif des frontières, qui peut évidemment, dans un certain nombre de cas, créer un sentiment d'injustice individuel.

Pour les raisons expliquées plus haut, je considère que les différentes réactions et positions de principe évoquées ici sont moralement fondées, et je trouve regrettable qu’elles soient en général au contraire considérées comme scandaleuses, inacceptables, voire inhumaines, par l’hégémonie culturelle de la gauche morale, jusqu’à induire une sorte d’auto-censure en permanence entretenue par un surmoi largement sous contrôle des médias. C'est sans complexe et sans faiblesse qu'il faut s'affranchir de cette auto-censure pour concevoir et affirmer une autre proposition morale, qui aurait d'ailleurs été non seulement considérée comme normale mais même comme évidente en de nombreux autres lieux/époques, relevant d'un humanisme plus cohérent et plus respectable, parfaitement compatible avec celui de Montaigne ou de Rabelais, en évitant simplement de tomber à cette occasion dans l'erreur de l'exagération ou du ressentiment.

[Source principale: Journal, 17/03/2018]